L'obsession antisémite  

(Texte initialement publié sur Blogger)

I. Le procès de Youssouf Fofana, le chef du “gang des barbares”, se tient à huis clos, apparemment en raison de la présence, sur le banc des accusés, de personnes mineures à l'époque des faits. C'est évidemment dommage : d'abord parce que ce n'était pas la volonté de la mère d'Ilan Halimi ; ensuite, et surtout, parce qu'un pays démocratique doit pouvoir rendre justice de façon publique et transparente. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est l'un des pères de notre procédure pénale, Faustin Hélie :

La publicité de l'audience est une forme essentielle de la procédure, car elle éclaire tous les actes du juge, elle les défère, à mesure qu'ils s'accomplissent, à l'examen et au contrôle du public ; elle contient tous les excès en permettant de juger tous les jugements ; elle rassure les justiciables ; elle rehausse enfin les fonctions de la justice en y attachant plus de considération et d'éclat. (Traité de l'instruction criminelle, t. VII : Plon, 1867, n° 3395)

Heureusement, Elsa Vigoureux, journaliste au Nouvel observateur, s'est saisie de cet impérieux devoir de lumière dans un blog où elle relate quotidiennement, à partir de témoignages anonymes, une partie de la teneur des débats judiciaires.

Et la lecture de ces témoignages ne laisse, sans rentrer dans des considérations juridiques pour l'instant inappropriées, aucun doute sur l'obsession qui habite le principal accusé, dont on répète qu'il aurait déclaré hier, à l'audience :

Je comprends qu'il y ait un contrat sur ma tête lancé par l'Organisation Juive, qui veut ma mort. Mais ça sera quatre millions de judéo-dollars pour mon cadavre.

Il faut remercier Elsa Vigoureux.


II. Si les lois antiracistes avaient été en vigueur dans l'entre-deux-guerres, qu'aurait-on compris de la montée des fascismes et de l'antisémitisme, qui a débouché sur la seconde guerre mondiale et la Shoah ? À moins d'avoir l'inconsciente prétention d'imaginer que ces lois auraient suffi à éviter le pire, force est de constater que le devoir de mémoire - qui, curieusement, est parfois appelé en défense de ces mêmes dispositions - aurait été bien difficile à accomplir aujourd'hui. Pleines de légitimité, de compassion et de plus-jamais-ça, ces lois menacent la démocratie comme les bonnes intentions pavent l'enfer.

Bref, en voulant prévenir la fièvre, on brise le thermomètre. Fort heureusement, il existe aujourd'hui un nouveau moyen d'en détecter les symptômes, qui permet à chacun de laisser une trace de ses préjugés sans même publier une ligne : Google. Renaud Revel raconte sur son blog :

En effet, ma consœur s'est livrée à une petite expérience aux conclusions nauséeuses. En allant butiner sur la toile, et plus précisément sur le programme Google Search, elle s'est tout simplement aperçue qu'en cliquant sur les noms de journalistes et d'animateurs connus de tous, le deuxième mot le plus associé à leurs patronymes était le mot « juif ». C'est ainsi que des gens du métier, comme Yves Calvi, Michel Denisot, Laurence Ferrari, David Pujadas, Naguy ou Schneck, elle-même, excitent tant et si bien la curiosité de très nombreux internautes que l'une des toutes premières informations communément recherchée à leur propos sur la toile porte sur leur origine supposée, avérée ou non, juive. Le sont-ils ? En sont-ils ? La question est ainsi très souvent posée.

Renaud Revel rapporte également que selon la direction de Google France, interrogée par la journaliste, le phénomène est, bizarrement, limité à la France.

C'est qu'il est interdit, en France, de dire ou d'écrire publiquement que les Juifs tiennent les médias, ou la finance, ou le pouvoir, ou le monde.

Heureusement pour les historiens de demain, il n'est pas encore interdit de se renseigner - de rechercher, plus précisément. C'est peut-être ce que s'est dit Colombe Schneck après son émission de ce matin, sur France Inter.

 
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