L’anti-Stéphane Hessel

Je me souviens qu'il y a quelques semaines, certains sur Twitter se demandaient à quoi pourrait ressembler une contre-offensive intelligente (et convaincante) à la quasi-béatitifcation dont fait l'objet Stéphane Hessel depuis qu'il a exprimé, en une dizaine de pages, la quintessence d'un certain esprit français, d'une forme de repli sur soi et sur le passé déguisé en contestation, et d'une culture de l'approximation et de l'amalgame élevés au rang de valeurs morales suprêmes.

Bien sûr, “Indignez-vous !” n'est pas resté sans réponse. D'excellentes critiques se sont fait entendre, qu'il s'agisse de la forme choisie par l'auteur, du fond de son propos ou encore de la portée et de la signification de ce “phénomène d'édition”. Mais il manquait le plus important : une véritable alternative. Parce que le meilleur moyen de démontrer l'étroitesse d'une vision du monde basée sur le pessimisme et la préservation des acquis, saupoudrés d'un peu de haine et de mépris, c'est d'en proposer une autre, qui raisonne non en années mais en siècles, basée non sur la nostalgie d'un passé fantasmé mais sur l'espoir d'un avenir à construire.

Là où Hessel usait de raccourcis, il fallait embrasser la complexité ; là où il n'envisageait que la question de la distribution des richesses, rappeler la primauté absolue du savoir ; là où, enfin, il ne décrivait que des jeux à somme nulle, réexpliquer la nature de la modernité.

C'est à cette tâche que s'est attelé Michel Serres dans un texte magistral publié la semaine dernière dans Le Monde, véritable triomphe de l'intelligence et de la hauteur de vue sur la peur et la petitesse d'esprit. À ma connaissance, c'est la première fois depuis longtemps que s'écrit en langue française une Weltanschauung originale aussi juste, profonde et pour tout dire rafraîchissante.

Il faut le lire.

P.S. : Aymeric Pontier m'indique cette intervention “éblouissante” (son mot, bien choisi) de Serres sur les nouvelles technologies à l'occasion des 40 ans de l'INRIA. À voir également.

P.P.S. : J'ai le tort de ne plus lire Le Monde autrement que par flux RSS. Merci à Étienne Parizot pour le lien vers le texte de Michel Serres, qui m'aurait échappé autrement.

 
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