Comment Twitter devient un “réseau d’information”

Pas vraiment réseau social, mais plus du tout “microblog”, Twitter devient petit à petit ce que son fondateur appelle un “réseau d'information”.

Au cours d'un incroyable mois de novembre, qui a vu l'apparition de pas moins de cinq nouvelles fonctions, Twitter a renforcé sa spécificité parmi les innombrables services du Web 2.0 : sur Facebook, “l'objet social”, c'est l'utilisateur ; sur Flickr, c'est la photo ; sur Twitter, on peut à présent l'affirmer avec certitude, c'est l'information.

À une semaine d'intervalle, Twitter a annoncé ces deux fonctions, qui rappellent certains des points forts de Friendfeed.Avec les listes, il devient possible de regrouper ses amis en autant de groupes que nécessaire pour continuer à y voir clair (en créant des listes privées), mais aussi de créer des listes thématiques permettant à ses amis de découvrir rapidement de nouveaux utilisateurs (avec les listes publiques). Voir par exemple la liste des journalistes du New York Times ; celle des “intellos” de Twitter ; ou encore les 150 bonnes sources de Narvic.

Comme les “replies”, le “retweeting” (republier, en le citant, un message envoyé par un de vos followers) est une fonction née de l'usage, c'est-à-dire littéralement inventée par les utilisateurs de Twitter. En l'intégrant au fonctionnement du service, Twitter résout d'un coup tous les problèmes liés au retweeting : attribution du tweet à son premier auteur, citations tronquées, citations en chaîne devraient disparaître progressivement, au fur et à mesure que les retweets “natifs” remplacent les citations “manuelles”.

Difficile de dire si cette annonce vise surtout à relancer un réseau en perte de vitesse par rapport à Facebook, LinkedIn, ou à étendre la sphère d'influence de Twitter dans le monde professionnel face à… Facebook.

Peut-être un peu des deux. En tout cas, LinkedIn prend un coup de jeune assez bienvenu, et Twitter met un pied dans le monde professionnel. Mon petit doigt me dit que ce n'est qu'un début : si de nombreuses entreprises voient encore les réseaux sociaux comme un obstacle à la productivité (probablement à tort), aucune ne peut décemment en dire autant d'un réseau d'information.

Depuis avant-hier, Twitter permet aux applications mobiles (comme Twitterrific, Tweetie ou encore TweetDeck) d'inclure dans chaque tweet des données de géolocalisation acquises par GPS. En retour, il devient possible, avec ces applications, suivre vos amis sur une carte ou de retrouver ceux qui sont proches de vous. Cette fonctionnalité est l'élément distinctif d'un service de plus en plus populaire parmi les “early adopters” : Foursquare. En l'offrant nativement à ses utilisateurs, Twitter fait d'une pierre deux coups : il surfe sur la vague du “local web” et, en même temps, fait apparaître Foursquare comme un service simplement accessoire (d'ailleurs, le billet placé en lien ci-dessus décrit Foursquare comme une simple “application pour Twitter”).

L'autre aspect du local web, c'est évidemment l'ouverture aux langues étrangères. Certes, à peu près tout le monde parle l'anglais très rudimentaire nécessaire à l'utilisation de Twitter. Mais pour réellement exister à l'international, ainsi que pour évacuer certaines questions d'ordre déontologique, il est évidemment indispensable de parler la langue maternelle de ses utilisateurs.

Pour ses besoins de traduction, Twitter a fait appel aux compétences de ses propres utilisateurs, à l'instar de Facebook. Le résultat, très satisfaisant, était déjà disponible pour les hispanophones. Depuis jeudi soir, c'est également le cas pour les francophones. Si le site n'est pas encore traduit dans son intégralité, les éléments les plus importants sont présents : inscription, navigation, paramètres, et… liste d'utilisateurs suggérés, dont votre serviteur, qui a également pris part au travail de traduction, a la chance de faire partie.

À en juger par la fréquence à laquelle je reçois les e-mails de notification de nouveaux followers, la décision de traduire Twitter en français est pleinement justifiée : entre jeudi soir et l'heure où j'écris ces lignes (samedi, 14h), mon nombre “d'abonnés” (puisque telle est la traduction de “followers”) a littéralement doublé.

La dernière annonce en date est probablement la plus importante : hier, lors de la conférence “RealTime CrunchUp” à San Francisco, le directeur général (COO) de Twitter, Dick Costolo, a révélé l'apparition prochaine d'un modèle de publicité pour Twitter “prêt dans dans le futur proche, et disponible pour nos partenaires”.

On ne connaît pas encore la forme ni les modalités de ce modèle (même si certains se risquent déjà à des pronostiques), mais d'après Costolo : “Ce sera fascinant. Non-traditionnel. Et les gens vont adorer… Ça va être très cool.”

Wait and see, donc. Quoi qu'il en soit, Twitter semble avoir autant grandi en une vingtaine de jours qu'au cours de ses trois ans et demi d'existence. Pas forcément en terme d'audience : la fréquentation du site a même un peu chuté en octobre. Mais en termes de maturité, cela ne fait aucun doute : en s'affirmant comme un réseau d'information, et en confirmant cette affirmation dans les faits, ce qui n'était à ses débuts qu'un simple “side project” a confirmé sa place centrale dans l'économie du lien.

 
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