Pas de risque zéro, mais pas de fatalité

Rue de la Fontaine au roi, les pleurs d'un policier. © Benjamin Filarski / @StudioHansLucas

 Avant-propos :

J’ai initialement publié ce texte sur Medium samedi soir, c’est-à-dire 24 heures après les attentats de vendredi. Ce matin, je réalise que le temps était alors plus au deuil qu’aux conclusions. Mais sur le fond, je maintiens ce que j’y ai mis, surtout au moment où débute la surenchère sécuritaire et, puisqu’il faut appeler les choses par leur nom, anti-démocratique.
 Le voici donc à nouveau, avec ces quelques jours de recul. 


Certes l’émotion est immense ; elle dépasse largement les frontières de la France et de l’Europe. Certes l’horreur est absolue, au-delà de l’imaginable. Mais aucun discours martial, aucune nouvelle mesure liberticide, aucune chasse aux sorcières, aucun défoulement ni aucun repli ne nous sortira de l’ornière. La tentation de l’extrême est humaine, mais nous ne ferions que nous rapprocher de l’abysse.

Reste que la modération n’exclut pas la lucidité. Et, en essayant de garder la tête froide dans la tourmente, un constat s’impose : il est urgent de revoir notre stratégie anti-terroriste.

Comme Merah, les frères Kouachi, Coulibaly et comme les fameux “loups solitaires” qui courent nos rues depuis bientôt dix ans, au moins une partie des terroristes du 13 novembre étaient “connus des services de renseignement”. Comprendre : ils faisaient ou avaient fait l’objet de mesures de surveillance, sans que personne ne puisse prédire leur exactions, et encore moins les empêcher.

Bien sûr, on répondra que nous faisons face à une vague terroriste sans précédent ; qu’aucun dispositif ne permet hélas d’empêcher tous les attentats ; que les services travaillent néanmoins jour et nuit en ce sens ; et qu’on ne saurait ignorer le nombre impressionnant d’attaques régulièrement déjouées.

Mais justement : puisqu’il est impossible de prévoir tous les attentats, pourquoi y mettre toujours plus de moyens, surtout au prix d’une surcharge inhumaine du volume de traitement pour les services et de pertes de liberté inacceptables pour les citoyens ?

Faudrait-il concentrer tous les efforts de police sur la détection des terroristes potentiels, mais s’en remettre à la providence chaque fois que le système ne fonctionne pas comme prévu ?

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Il ne s’agit évidemment pas de reprocher quoi que ce soit aux policiers français, héroïques hier soir dans tout Paris. Bien au contraire.

Entre le risque zéro et le carnage absolu, il existe des degrés de fatalité — y compris en cours d’attentat. La sécurisation des lieux publics peut être renforcée ; les effectifs peuvent être augmentés et mieux formés ; les stratégies de réponse peuvent être perfectionnées ; les délais d’intervention peuvent être améliorés.

Les moyens de l’État, on le sait, ne sont pas illimités. Vaut-il mieux alors continuer de bâtir un Panoptique aux résultats incertains ou mieux financer une police qui, à chaque réflexe bien senti, par chaque décision intelligente, pour chaque seconde gagnée, saura sauver des vies ?

 
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