Trois idées reçues et un conseil sur l’antisémitisme en ligne  

(Texte initialement publié sur Tumblr)

David et Guy, qui tweetent beaucoup et qui passent à la radio, prennent cher. Ils ne sont pas les seuls. Au fil des discussions, plusieurs autres, connu(e)s ou pas, m’ont raconté le même scenario : sur Twitter, un petit sous-entendu antisémite de temps en temps, rien de spécial à cela, on a l’habitude ; mais depuis que c’est la saison de la quenelle, on a dépassé le stade du sous-entendu, et ce n’est plus de temps en temps, c’est tout le temps. De 7 à 77 000 followers, aucun Juif tweetant n’est épargné.

Voici, très modestement, trois observations personnelles et un conseil sur le sujet.

 D’abord, ôtez-vous de l’idée que le phénomène est nouveau

J’ai travaillé pour Israël pendant deux ans et c’était écrit dans ma bio : depuis cette époque (2010-2012), je récolte régulièrement mon lot de tweets antisémites. Et avant ça, quand j’essayais encore de bloguer sérieusement et que j’étais un peu lu, c’est dans les commentaires que je recevais les insultes.

Le volume augmente bien sûr en fonction de l’actualité, mais dans mon expérience, une fois que vous avez été identifié, vous avez droit à un service minimum garanti même en temps de paix. C’est comme ça.

 Ensuite, ne vous étonnez pas de voir plus d’antisémites sur Twitter qu’au bureau ou dans la rue

Pensez-y : la plupart des Juifs rechignent à prendre le thé avec des antisémites de salon, et encore plus à se rendre dans les cités pour vérifier quelle part des habitants y font sincèrement la différence entre Tel Aviv et les Buttes-Chaumont. D’où une tendance naturelle à sous-estimer le nombre de gens qui pensent que cette histoire de peuple élu, ces rites bizarres, cette emprise sur les médias et tout ce que vous faites aux Palestiniens, ça commence à bien faire.

Mais sur Twitter, vous pouvez entrer en contact avec gens-là — et surtout eux avec vous. C’est un choc, j’en conviens.

 Enfin, n’imaginez pas une seconde qu’une loi, la justice ou un ministre de l’intérieur mal habillé pourront y changer quelque chose

Une des raisons pour lesquelles l’antisémitisme vous choque tellement lorsque vous le rencontrez, c’est qu’il a soigneusement été mis sous le tapis par les lois Pleven de 1972 et Gayssot de 1990. Seulement voilà : le tapis est un peu petit pour le web.

À moins de passer le plus clair de votre temps en procédures judiciaires (j’espère que vous avez mieux à faire, comme j’en suis sûr le CRIF et l’UEJF), à moins de demander à Twitter de se transformer en bureau de censure (ce qui n’est ni son métier ni son intention) ou à moins de proclamer Manuel Valls empereur de France, de Navarre et des internets (ce qui lui plairait bien et aurait l’intérêt, je le concède volontiers, de lui faire abandonner ses cravates infâmes), vous n’y pourrez rien changer. (Vous avez reçu moins de tweets dégueulasses, vous, depuis l’interdiction de Dieudonné ?)

Il y a plein d’antisémites en France, ça ne date pas d’hier, et les moyens de communication modernes ne font que révéler cette triste réalité.

 Que faire, alors ?

Discutez avec ceux qui veulent discuter, ignorez ceux qui insultent, mais surtout ne renoncez pas à tweeter sur votre identité juive. C’est la règle que je me suis fixée et c’est, au fond, ce qui horripile le plus les antisémites.

Le web est un espace de liberté et il doit le rester. C’est peut-être celui des racistes et des antisémites, mais c’est aussi le vôtre.

 
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