Nicolas Bedos : pas besoin d'être antisémite pour se planter

(Texte initialement publié sur Posterous)

J'ai un petit souci avec cette histoire de Nicolas Bedos. Pas sur le personnage en lui-même, que je ne connais pas en dehors de ses interventions chez Franz-Olivier Giesbert. Et son sketch, je dois bien avouer que si je l'avais vu en direct, je l'aurais trouvé moyen, sans plus. Pas génial, mais pas méchant pour un sou : le cas classique du gars qui essaie de faire rire avec des sujets qui le dépassent et qui se plante. Oups.

Non, ce qui m'agace dans cette histoire, ce sont les postures des uns et des autres. On commence à connaître la chanson : il se trouve toujours quelqu'un pour tomber dans le panneau ; ensuite s'élèvent les voix auto-proclamées de la raison ; le principal intéressé en remet une couche avec un peu plus de finesse, et hop ! en trois coups de cuillère à pot, la discussion sur le fond est escamotée. Elle est pourtant plus intéressante que les cris d'orfraie et les vraies-fausses excuses — surtout que pendant ce temps, les vrais paranoïaques s'en donnent à coeur-joie.

Que dit Bedos dans son premier sketch ? Deux choses assez différentes pour êtres analysées séparément.

Il avance que le devoir de mémoire sert de prétexte à la réalisation de films peu remarquables par ailleurs. Fort de ce truisme déclamé sur le ton de la révélation — sur quel sujet n'a-t-on réalisé que des bons films ? —, l'auteur imagine à voix haute ajouter des “kippas et des uniformes SS” à ses propres pièces pour les vendre plus facilement.

Mais il aurait dû tirer les conséquences de ses propres observations. Sa blague tombe à plat pour la même raison qu'il a préféré le Pianiste à la Rafle : aucun thème, aussi douloureux et chargé d'émotion soit-il, ne remplace le talent et l'inspiration.

La seconde saillie est plus intéressante, pour deux raisons au moins : d'abord parce que Bedos semble la considérer comme une espèce de suite logique à la première ; ensuite parce qu'elle est, pour le coup, totalement à côté de la plaque.

Premier problème : quel est, dans l'esprit de Nicolas Bedos, le lien entre Elle s'appelait Sarah et Benjamin Nétanyahou ? Doit-on comprendre que ce film, que l'humoriste juge médiocre, et l'action de ce premier ministre, sur laquelle il aimerait “dégueuler”, puisent leur légitimité à la même source ? Sous-entendu vaseux ou simple maladresse ? Voilà une question que j'aimerais poser à Nicolas Bedos plutôt que l'insulter.

Second pépin, et non des moindres, l'idée selon laquelle il serait impossible de critiquer la politique du gouvernement israélien sans se faire taxer d'antisémitisme ou d'antisionisme est d'une bêtise sans nom. D'abord parce que personne ne critique autant (ni, souvent, aussi violemment) la politique de leurs dirigeants que les Israéliens eux-mêmes, jusque dans les travées de la Knesset. Ensuite parce que l'antisionisme, comme le savent ceux qui se sont intéressés au sujet avant d'en parler à la télévision, revient à nier la légitimité d'Israël en tant qu'État souverain précisément parce qu'Israël est l'État des Juifs. C'est en cela que l'on peut affirmer que l'antisionisme est un antisémitisme.

Nicolas Bedos peut donc dormir sur ses deux oreilles : les antisémites et antisionistes de tout crin font plus que “dégueuler sur la politique de Nétanyahou”. Mais, hélas pour lui, les comiques de talent aussi.

 
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