Pas de bateau français pour Gaza

(Texte initialement publié sur Posterous)

Ainsi donc, aucun “bateau français pour Gaza” n'a quitté Marseille le 18 juin dernier. Ce navire imaginaire, avec à son bord un équipage d'activistes attachés à la paix dans le monde au point de vouloir défier une armée régulière en haute mer, ne partira d'ailleurs probablement jamais. Ou alors il partira un jour, mais pas de France, et peut-être pas directement pour Gaza. On a compris.

L'information a de quoi décevoir les plus obtus des pro-palestiniens - ceux avec qui il est plus difficile de dialoguer qu'avec… les Palestiniens -, pour au moins trois raisons.

  1. D'abord parce que cette “annulation” a privé les activistes en question d'un mélodrame de grande envergure avant même l'arrivée au large de Gaza, dès le départ du port de Marseille, avec manifestation à la clé et, rêve suprême, possible affrontement avec les forces de l'ordre. Amarcord chez les indignés, en somme. Souriez, vous y avez échappé.

  2. Ensuite parce que la véritable raison de ce fiasco est beaucoup moins valorisante, pour ce genre de spécimens, que d'être victime de tel ou tel complot ourdi au sommet de l'État, ou de je ne sais quelle connivence entre la France et “l'entité sioniste”. Bien sûr, l'absence totale de rigueur factuelle n'empêchera pas les organisateurs de chanter à qui veut bien l'entendre que oui, on leur a mis tous les bâtons du monde dans les roues. Mais la réalité est inflexible : pas d'argent, pas de bateau.

  3. Ce qui nous amène à la troisième raison : malgré toutes les tentatives de buzz lancées sur le web et dans la presse régionale, malgré certains papiers à se taper la tête contre les murs, malgré le soutien d'un certain nombre de politiques et de syndicalistes allés salir leur nom dans cette aventure, le “bateau français pour Gaza” n'a même pas réuni une fraction du montant requis.

C'est qu'une telle entreprise, ça coûte de l'argent. Pas des millions, me direz-vous, mais déjà assez pour nécessiter au moins un ou deux soutiens financiers prêts à régler les factures du bateau et de l'indispensable assurance. On ne finance pas ce genre d'opération simplement armé d'un mégaphone et d'une paire de baskets.

Il y a fort à parier que les organisateurs vont s'empresser d'assurer que non, le projet n'est pas, pour ainsi dire, tombé à l'eau ; que ce n'est qu'une question de temps avant qu'un bateau français gagne les côtes de Gaza pour de bon. Je ne serais même pas étonné qu'il se trouve tôt ou tard des hurluberlus pour jurer qu'un bateau a bien quitté Marseille le 18 juin mais que, complot oblige, personne n'en parle.

La vérité est autrement plus prosaïque : les sommes nécessaires, nos indignés des fonds marins ont été incapables, malgré une campagne de plusieurs mois, d'en réunir ne serait-ce qu'une partie. Les soutiens indispensables, ils n'ont pas pu les trouver en France.

Voilà une excellente nouvelle.

 
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