Valls à Matignon : ça ne changera rien

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Depuis son élection, François Hollande vit le cauchemar de Nicolas Sarkozy à l’envers : si son prédécesseur pouvait être perçu en hyperactif confronté au conservatisme de masse des Français, le Président actuel est un calculateur dont tout un pays réclame des changements radicaux.1

La situation est impossible. Comment s’en sortir ? Réflexe quasi-pavlovien : la poudre aux yeux.

Le “choc de simplification” est venu, accompagné de sa “boîte à outils” aussi absurde que ringarde, et s’en est allé, faute de mesures concrètes à la clé. Le “pacte de responsabilité” lui a succédé, avec son coming-out social-démocrate décalé de 40 ans, avant de le rejoindre au cimetière des vraies-fausses bonnes idées, poussé dans la tombe par une incapacité chronique à agir à temps et par un improbable “observatoire des contreparties”, obtenu de haute lutte par les quelques allumés qu’on appelle dans ce pays “la gauche de la gauche”.

S’il fallait apprendre une seule leçon de la gifle reçue aux municipales, c’est que les Français ne croient plus à ces tours de passe-passe. Et s’il fallait en tirer une seule conséquence, c’est que tout ce qu’ils demandent maintenant au gouvernement, c’est de faire. Agir d’abord, annoncer ensuite.

Or, la seule explication de la nomination de Manuel Valls à Matignon, c’est que François Hollande n’y veut rien entendre.

Tout est question d’image dans cette manœuvre, comme dans les précédentes. On remplace “un homme de consensus” par “un homme d’action” ; “une personnalité effacée” par “une forte personnalité” ; “un gouvernement de rassemblement” par “un gouvernement de combat”.

Mais quelqu’un peut-il dire ce qu’a accompli Valls en deux ans à l’Intérieur qui justifie cette réputation ? Quelle grande réforme, attendue depuis longtemps, a-t-il menée ? A-t-il sérieusement réformé la carte des commissariats ? Lancé un grand plan de renforcement des forces de l’ordre ? Milité sincèrement pour les pouvoirs de police des maires ? Les chiffres de la délinquance ont-ils connu un recul ne serait-ce que symbolique ?2

En deux ans, Manuel Valls a essentiellement mis à son actif : quelques déclarations tapageuses sur le voile, l’islam, le terrorisme, toussa ; des coups de menton un brin illégaux contre Dieudonné, Twitter et les méchants en général ; et une collaboration avec le ministère de la Défense dont est issue la loi la plus liberticide de la Vème République.

En un mot : rien d’utile. Rien qui dépasse le champ de la communication et de l’effet d’annonce, sauf pour le pire.

Son bilan de Premier ministre est déjà écrit : la même méthode, appliquée à tous les domaines de l’action publique. Encore plus de paroles incendiaires ; encore plus d’interventions infusées à la testostérone ; et probablement quelques coups de rabot supplémentaires sur les libertés publiques.

Quiconque trouve encore un semblant d’utilité à ce genre d’ordalies n’a toujours pas compris de quoi souffre ce pays.


  1. Que personne n’arrive à se mettre d’accord sur quels changements radicaux, c’est une autre histoire. 

  2. Un indice. 

 
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